Tu forces le www (ou l’inverse), tu mets une 301, tu te dis « ok, c’est clean ». Et deux semaines plus tard, Google te fait un sale coup : la home reste indexée, mais tes collections, tes produits, tes pages CMS… tout glisse hors de l’index. Le truc le plus rageant, c’est que techniquement « ça marche » : quand tu testes à la main, tu tombes bien sur les bonnes pages.
Sur Shopify, ce scénario est plus fréquent qu’il ne devrait, parce que la plateforme te donne l’impression que le changement est purement “domaine primaire”. En réalité, tu viens de toucher à des signaux fondamentaux (host, canonicals, sitemaps, maillage). Si l’un de ces signaux part de travers, Google peut décider que ton site est un gros duplicat instable et réduire la voilure… jusqu’à ne garder que la page d’accueil.
Ce que Google “voit” quand tu changes www/non-www : une mini-migration, pas un détail
Un switch www ↔ non-www, pour Google, ce n’est pas un petit toggle. C’est un changement d’hôte, donc une forme de migration. Tu relies deux versions qui existent (ou ont existé), et tu demandes à Google de transférer signaux, historique, confiance, popularité, et de re-crawler un paquet d’URLs.
Le piège, c’est que Shopify, par design, peut te laisser dans un état “mixte” sans que tu t’en rendes compte : quelques liens internes encore en ancien host, un sitemap qui pointe sur le mauvais domaine, un thème qui sort des canonicals pas cohérents, et des apps SEO qui rajoutent leur couche. Sur un site e-commerce, ça suffit à générer des signaux contradictoires. Et Google déteste ça.
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Redirections 301 Shopify : prouver que c’est propre (pas “ça a l’air de”)
La première chose à valider, c’est que la redirection est sitewide, cohérente, et sans surprises. Pas juste la home. Pas juste quelques URLs. Vraiment l’ensemble : produits, collections, pages, blogs, pages avec paramètres, et variations avec slash final.
Ce que je cherche : une seule redirection, dans le bon sens, qui termine en 200 sur l’URL canonique. Pas de chaîne (301 → 301 → 200), pas de boucle, pas de 302 qui traîne, pas de comportement différent selon l’User-Agent, pas de cas où une URL reste accessible en 200 sur l’ancien host.
Fais-le à froid, en ligne de commande, parce que le navigateur masque plein de choses (cache, HSTS, extensions, redirections “suivies” automatiquement).
# Remplace par ton domaine
curl -I https://example.com/products/mon-produit
curl -I https://www.example.com/products/mon-produit
# Version "suivre les redirects" pour voir la chaîne exacte
curl -s -L -o /dev/null -D - https://example.com/products/mon-produitSi tu vois des chaînes longues, ou si certaines URLs ne redirigent pas comme les autres, tu viens de trouver un suspect sérieux. Sur Shopify, un grand classique, c’est l’empilement « http → https » + « non-www → www » dans le mauvais ordre, ou un CDN/proxy (Cloudflare, autre) qui ajoute une redirection en plus. Deux sauts, ça passe. Trois ou quatre, ça commence à sentir l’usine à gaz.
Autre classique : des URLs qui diffèrent “juste” par la casse, le slash final, ou des paramètres marketing. Si tu laisses Google découvrir 36 variantes (et qu’elles ne convergent pas toutes vers une même canonique), tu crées toi-même une dilution du crawl et un bruit de duplication.
Canonicals Shopify : si tu te rates ici, tu demandes à Google de désindexer tes pages
Quand seule la home reste indexée, je regarde très vite les canonicals. Parce que le canonical, c’est littéralement une instruction de type « cette page n’est pas la version de référence ». Et sur Shopify, le canonical vient du thème (Liquid), parfois modifié par un plugin SEO, parfois “corrigé” à moitié après une migration.
Tu veux des canonicals self-referential (la page se canonicalise elle-même) sur le bon host, en https, et sans incohérences. Si tes pages produits se canonicalisent encore vers l’ancien host (non-www), tu envoies à Google le message suivant : « indexe l’autre version ». Sauf que l’autre version redirige maintenant. Résultat : Google peut hésiter, ralentir, et finir par ne garder que la home, parce que c’est la seule page “stable” et massivement liée.
Concrètement, je prends 5 à 10 URLs représentatives (home, collection forte, 2 produits, une page CMS, un article de blog) et je regarde le HTML source renvoyé par le serveur (pas le DOM après JS). Le canonical doit pointer vers l’URL finale en www (si c’est ton choix) et être cohérent avec ce que tu obtiens après redirection.
curl -s https://www.example.com/products/mon-produit | grep -i "rel=\"canonical\""Deux trucs Shopify qui font perdre du temps :
Le premier, c’est le mélange entre URLs “propres” et variantes internes Shopify (ex : des produits accessibles via plusieurs chemins, ou des collections qui génèrent des paramètres). Si ton canonical ne “normalise” pas tout ça correctement, Google se retrouve à crawler plein de doublons et à douter de ce qui mérite l’index.
Le second, c’est les apps. Certaines réécrivent le head, injectent des canonicals conditionnels, ou ajoutent des tags « noindex » sur certaines pages (filtres, tags, recherches) sans que tu le voies immédiatement. Après un switch de domaine, ces règles peuvent se mettre à matcher des pages qu’elles ne matchaient pas avant. C’est bête, mais je l’ai déjà vu.
Sitemap Shopify et GSC : un détail d’hôte qui te ruine le crawl
Sur Shopify, tu as un sitemap automatique (du type /sitemap.xml et souvent un index de sitemaps). Après un passage en www, tu veux que les URLs dans le sitemap soient sur le domaine canonique. Pas l’ancien. Pas un mix. Pas des URLs qui redirigent.
Oui, Google peut suivre des URLs redirigées depuis un sitemap. Mais tu ne veux pas “peut”. Tu veux “propre”. Un sitemap qui liste des URLs qui redirigent, c’est une invitation à consommer du budget de crawl pour rien et à alimenter l’idée que ton site est instable.
Dans Google Search Console, vérifie aussi un point simple : tu regardes le bon périmètre. Si tu utilises encore des propriétés « Préfixe d’URL », tu dois avoir https://example.com et https://www.example.com sous la main, sinon tu peux te raconter une histoire avec des chiffres incomplets. Avec une propriété « Domaine », c’est plus confortable, mais ça n’empêche pas les soucis de signaux contradictoires, ça évite juste de diagnostiquer à moitié.
Un truc qui aide : dans GSC, compare ce que dit le rapport d’indexation sur quelques URLs précises. Si Google te dit « Canonical choisi par Google : différent de l’URL envoyée », ou « Page en double, Google a choisi une autre URL canonique », tu tiens un fil. Ce n’est pas “une erreur GSC”. C’est un message assez direct sur la confusion que tu crées.
Maillage interne et thème : le www doit être partout, sinon tu tires dans les deux sens
Après un switch, il reste souvent des liens internes en dur sur l’ancien host. Dans le header, le footer, un menu, un bloc “featured collection”, un lien dans un article de blog, une section ajoutée vite fait dans l’éditeur de thème. Et sur Shopify, tu peux aussi avoir des liens générés par des apps (reviews, upsell, blog).
Ce que ça provoque est simple : Google recrawl ton site, et il continue à découvrir des URLs en non-www. Il les suit. Elles redirigent. Ce n’est pas dramatique une fois. Mais à l’échelle d’une boutique, ça multiplie les hits inutiles, et ça peut maintenir l’ancien host “vivant” dans l’écosystème de crawl, donc maintenir la confusion.
Mon avis terrain : privilégie au maximum des liens relatifs ou des URLs générées proprement par Shopify, et évite les liens absolus hardcodés vers ton domaine quand ce n’est pas indispensable. En migration, les liens absolus sont une dette qui te revient dans la figure, toujours au pire moment.
Les signaux qui font basculer en « seule la home est fiable » : soft 404, duplicats, pages trop faibles
Quand Google ne garde que la home, ce n’est pas toujours “juste” le www. Parfois le switch agit comme un révélateur, ou comme un déclencheur qui fait reprocesser des pages déjà limite.
Regarde les soft 404 et les pages faibles. Sur Shopify, tu peux avoir des collections quasi vides, des produits en rupture, des pages de variantes qui se ressemblent toutes, des filtres/facettes indexables si un app ou un thème les expose mal. Si Google recrawl tout ça au moment où tu changes de domaine, il peut décider de nettoyer agressivement l’index, et il commence par virer ce qui ressemble à du bruit.
Je ne dis pas qu’il faut “enrichir tout le catalogue” en panique. Je dis qu’il faut vérifier que tu n’as pas des patterns évidents qui donnent à Google une raison de douter : beaucoup de pages très similaires, du contenu ultra mince, des pages d’état (rupture) sans alternative, des pages de recherche interne qui s’indexent, des tags/archives inutiles. Et si tu vois des pages qui passent en « Explorée, actuellement non indexée » ou « Découverte, actuellement non indexée » juste après le switch, tu es peut-être en train de payer cette dette-là, en plus du changement d’hôte.
Plan de relance du crawl (sans spammer l’inspection d’URL pendant 2 mois)
Une fois que les bases sont propres (301 cohérentes, canonicals corrects, sitemap sur le bon host, liens internes alignés), tu peux aider Google à “reprendre confiance”. Mais il faut le faire intelligemment, sinon tu passes tes journées à cliquer sur « Demander une indexation » en espérant un miracle.
Ce que je fais dans ce cas : je m’assure d’abord que le sitemap soumis dans GSC est bien celui qui liste les bonnes URLs, puis je force un recrawl naturel via le site lui-même. Typiquement, je vérifie que les pages importantes sont bien accessibles en quelques clics depuis la home (catégories, top produits, pages marque), que les liens ne partent pas sur l’ancien host, et que je n’ai pas des redirections parasites à chaque clic.
Ensuite seulement, j’utilise l’inspection d’URL sur un petit lot de pages stratégiques, pas 500. Si Google recrawl ces pages et qu’il voit un canonical propre et des liens internes cohérents, tu accélères le retour à la normale. Si tu fais ça alors que tes canonicals pointent encore sur l’ancien domaine, tu ne fais qu’accélérer ta propre désindexation.
Et dernière mise en garde, parce que je l’ai déjà vu : évite de faire 12 changements en parallèle « tant qu’on y est » (nouveau thème, apps SEO, refonte de menus, réécriture massive de contenus). Si tu veux diagnostiquer, il faut isoler. Sinon tu n’as plus d’explication causale, juste un site qui bouge dans tous les sens.
Mon avis (tranché) : sur Shopify, le www est rarement le vrai problème… c’est l’incohérence
Forcer le www n’est pas une hérésie. C’est même souvent neutre. Ce qui casse, c’est quand tu as un “patchwork” : redirections ok sur certaines routes, canonicals pas alignés, sitemap qui envoie des URLs qui redirigent, et maillage interne qui continue à nourrir l’ancien host.
La bonne nouvelle, c’est que ça se répare presque toujours sans “attendre que Google décide”. La mauvaise, c’est que ça demande de vérifier des trucs pas glamour, un par un, avec des preuves. Si tu es dans le cas « 2 mois et rien ne revient », je parierais plus sur un signal contradictoire persistant (canonical ou duplication) que sur un simple délai d’indexation.
Si tu veux pousser plus loin, la suite logique c’est d’auditer ce que Google a réellement choisi comme canonical sur tes types de pages (produits, collections, blog), et de repérer les modèles qui se font systématiquement jeter. C’est là que tu arrêtes de “tenter des trucs” et que tu recommences à piloter.